Fiche de révision

Anthropologie du jeu et du sport

Huizinga, Caillois, rituels et spectacle sportif

Mis à jour le

  • L2

Ce que tu vas réviser

  • 1. Huizinga et Homo Ludens (1938)
  • 2. Caillois et les quatre catégories de jeux (1958)

L'essentiel du chapitre

1. Huizinga et Homo Ludens (1938)

Johan Huizinga (1872-1945) est un historien néerlandais. Dans « Homo Ludens » (1938), il propose une réflexion fondamentale sur le jeu.

Sa thèse centrale : le jeu est antérieur à la culture. Ce n'est pas la culture qui produit le jeu, c'est le jeu qui produit la culture. Les animaux jouent déjà (les chiots se battent pour jouer, les chatons chassent des bouts de ficelle). Le jeu est donc plus ancien que la civilisation humaine.

Pour Huizinga, le jeu est « une action libre, sentie comme fictive et située en dehors de la vie courante, capable néanmoins d'absorber totalement le joueur ; une action dénuée de tout intérêt matériel, qui s'accomplit en un temps et dans un espace expressément circonscrits, se déroule avec ordre selon des règles données, et suscite dans la vie des relations de groupe ».

Les éléments de cette définition :

  1. Une action libre : on ne peut pas forcer quelqu'un à jouer. Si on l'oblige, ce n'est plus un jeu.
  2. Une action fictive, située hors de la vie courante : le joueur sait qu'il « fait comme si ».
  3. Une action désintéressée : elle ne produit ni bien ni richesse (contrairement au travail).
  4. Une action circonscrite dans le temps et dans l'espace : le terrain, le court, le ring, la durée du match.
  5. Une action réglée : elle obéit à des règles que les joueurs acceptent volontairement.
  6. Une action qui crée du groupe : elle rassemble les joueurs en communautés durables.

Huizinga montre que le sport moderne est une forme de jeu qui a conservé ces caractéristiques, même si la professionnalisation tend à les transformer (le sport professionnel n'est plus « libre » ni « désintéressé »).

2. Caillois et les quatre catégories de jeux (1958)

Roger Caillois (1913-1978) est un sociologue et écrivain français. Dans « Les jeux et les hommes » (1958), il reprend la réflexion de Huizinga mais lui reproche de négliger l'incertitude du jeu et les jeux de hasard.

Caillois définit d'abord le jeu par six caractéristiques. Le jeu est une activité :

  1. Libre : on ne peut pas y contraindre le joueur sans lui faire perdre sa nature de divertissement.
  2. Séparée : elle est circonscrite dans des limites d'espace et de temps fixées à l'avance (le terrain, le court, le ring, la durée du match).
  3. Incertaine : le déroulement et le résultat ne sont pas connus à l'avance, une marge d'initiative est laissée au joueur. C'est le critère que Caillois reproche à Huizinga d'avoir omis.
  4. Improductive : elle ne crée ni bien ni richesse (elle ne fait que déplacer la mise entre les joueurs).
  5. Réglée : elle obéit à des conventions que les joueurs acceptent volontairement.
  6. Fictive : elle s'accompagne de la conscience d'une réalité seconde, d'un « faire comme si ».

Caillois prolonge ensuite Huizinga en proposant une classification des jeux en quatre catégories :



  1. Agôn (la compétition) : jeux fondés sur la rivalité et la lutte. Chaque joueur tente de faire mieux que l'autre. Exemples : football, tennis, échecs, athlétisme. Le principe est l'égalité des chances au départ et la victoire du meilleur.





  2. Alea (le hasard) : jeux fondés sur le sort, la chance. Le joueur n'a aucun contrôle sur le résultat. Exemples : dés, loterie, pile ou face, roulette. Le principe est l'abandon à la chance.





  3. Mimicry (le simulacre) : jeux fondés sur l'imitation, le « faire semblant ». Le joueur joue un rôle. Exemples : théâtre, déguisement, jeux de rôle, simulation. Le principe est devenir un autre.





  4. Ilinx (le vertige) : jeux fondés sur la recherche de sensations fortes, de perte de contrôle. Exemples : manège, toboggan, balançoire, sports extrêmes. Le principe est la destruction de la stabilité.



Ces quatre catégories ne sont pas exclusives : un même jeu peut combiner plusieurs catégories. Par exemple, le poker combine agôn (stratégie) et alea (distribution des cartes).

En 1938, l'historien néerlandais Johan Huizinga publie un livre au titre provocateur : « Homo Ludens », l'homme qui joue. Sa thèse est simple et révolutionnaire : le jeu n'est pas une activité secondaire ou enfantine. Le jeu est à l'origine de toute la culture humaine. La poésie, le droit, la guerre, la philosophie, le sport, tout naît du jeu. Pour Huizinga, « la civilisation naît dans et comme jeu ». Vingt ans plus tard, le sociologue français Roger Caillois reprendra et critiquera cette thèse dans « Les jeux et les hommes » (1958), en proposant une classification des jeux en quatre catégories : agôn, alea, mimicry et ilinx.

Notions clés dans le cours

Ces termes sont replacés dans la phrase où ils apparaissent dans le chapitre.

  • Agôn

    Agôn (la compétition) : jeux fondés sur la rivalité et la lutte.

  • Alea

    Alea (le hasard) : jeux fondés sur le sort, la chance.

  • Mimicry

    Mimicry (le simulacre) : jeux fondés sur l'imitation, le « faire semblant ».

  • Ilinx

    Ilinx (le vertige) : jeux fondés sur la recherche de sensations fortes, de perte de contrôle.

  • Paidia

    - Paidia : le pôle du jeu libre, spontané, turbulent, improvisé.

  • Ludus

    - Ludus : le pôle du jeu organisé, réglé, structuré, institutionnalisé.

3 questions pour te tester

  1. 1.Quelle est la thèse centrale de Huizinga dans Homo Ludens ?
    • A. Le jeu est une activité enfantine sans importance
    • B. Le jeu est à l'origine de toute la culture humaine
    • C. Le jeu est une invention du XXe siècle
    • D. Le jeu n'existe que chez les humains

    Bonne réponse : B. Le jeu est à l'origine de toute la culture humaine

    La thèse centrale de Huizinga (Homo Ludens, 1938) est que le jeu est antérieur à la culture : ce n'est pas la culture qui produit le jeu, c'est le jeu qui produit la culture (poésie, droit, guerre, sport).

  2. 2.Combien de caractéristiques Allen Guttmann identifie-t-il pour distinguer le sport moderne des jeux traditionnels ?
    • A. 3
    • B. 5
    • C. 7
    • D. 10

    Bonne réponse : C. 7

    Guttmann (From Ritual to Record, 1978) identifie 7 caractéristiques du sport moderne : sécularisation, égalité des chances, spécialisation des rôles, rationalisation, bureaucratisation, quantification, quête du record.

  3. 3.Qu'est-ce que l'agôn dans la classification de Caillois ?
    • A. Le jeu de hasard
    • B. Le jeu de compétition fondé sur la rivalité
    • C. Le jeu de vertige
    • D. Le jeu d'imitation

    Bonne réponse : B. Le jeu de compétition fondé sur la rivalité

    L'agôn (Caillois) désigne les jeux de compétition fondés sur la rivalité et la lutte, où chacun tente de faire mieux que l'autre dans des conditions d'égalité initiale (football, tennis, échecs, athlétisme).

Références du cours

Bibliographie associée à la leçon dont cet aperçu est extrait.

  1. Huizinga, J. (1938). Homo Ludens. Essai sur la fonction sociale du jeu. Gallimard (trad. française 1951).
  2. Caillois, R. (1958). Les jeux et les hommes. Le masque et le vertige. Gallimard.

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