1. Huizinga et Homo Ludens (1938)
Johan Huizinga (1872-1945) est un historien néerlandais. Dans « Homo Ludens » (1938), il propose une réflexion fondamentale sur le jeu.
Sa thèse centrale : le jeu est antérieur à la culture. Ce n'est pas la culture qui produit le jeu, c'est le jeu qui produit la culture. Les animaux jouent déjà (les chiots se battent pour jouer, les chatons chassent des bouts de ficelle). Le jeu est donc plus ancien que la civilisation humaine.
Pour Huizinga, le jeu est « une action libre, sentie comme fictive et située en dehors de la vie courante, capable néanmoins d'absorber totalement le joueur ; une action dénuée de tout intérêt matériel, qui s'accomplit en un temps et dans un espace expressément circonscrits, se déroule avec ordre selon des règles données, et suscite dans la vie des relations de groupe ».
Les éléments de cette définition :
- Une action libre : on ne peut pas forcer quelqu'un à jouer. Si on l'oblige, ce n'est plus un jeu.
- Une action fictive, située hors de la vie courante : le joueur sait qu'il « fait comme si ».
- Une action désintéressée : elle ne produit ni bien ni richesse (contrairement au travail).
- Une action circonscrite dans le temps et dans l'espace : le terrain, le court, le ring, la durée du match.
- Une action réglée : elle obéit à des règles que les joueurs acceptent volontairement.
- Une action qui crée du groupe : elle rassemble les joueurs en communautés durables.
Huizinga montre que le sport moderne est une forme de jeu qui a conservé ces caractéristiques, même si la professionnalisation tend à les transformer (le sport professionnel n'est plus « libre » ni « désintéressé »).